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Le mot en T

Laura-Julie Perreault, La Presse

Publié le 9 juin 2021 à 5h00

https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2021-06-09/tragedie-de-london/le-mot-en-t.php

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Des gens viennent laisser des fleurs sur les lieux de la tragédie de London, en Ontario.

Lorsque le petit garçon de 9 ans s’est levé dimanche matin, il menait une vie pleine d’amour, entouré de sa famille dans un quartier résidentiel de London, en Ontario. Lorsqu’il sortira de l’hôpital où il est actuellement soigné, cette petite vie ne sera plus jamais la même. Sa mère, Madiha Salman, son père, Salman Afzaal, sa sœur de 15 ans et sa grand-mère ont été tués. Tués par la haine.

Penser à sa peine, à ses immenses pertes, donne le vertige, voire la nausée. Comment expliquer à un petit Canadien qu’un automobiliste ait pu, de manière délibérée, foncer sur lui et sa famille alors qu’ils faisaient une promenade ?

Il ne faudra pas avoir peur des mots. En particulier, un mot qui commence par t et un autre qui débute avec un i. Selon les informations rendues publiques par la police de London, sa famille a été victime d’un acte terroriste motivé par l’islamophobie, soit la haine de l’islam et de ceux qui le pratiquent. Une haine qui vise plus de 1 million de Canadiens.

D’ailleurs, la classe politique canadienne n’a pas pris de pincettes pour parler de l’attentat de London. Justin Trudeau et Doug Ford ont vite dénoncé haut et fort la nature terroriste de l’attentat. Et c’est tant mieux. Ils démontrent ainsi qu’ils ne prennent pas la situation à la légère et reconnaissent les motifs politiques de la tuerie survenue en Ontario. C’est essentiel pour les survivants et les communautés ébranlées par cette violence raciste et qui vivent maintenant avec la peur au ventre, mais qui doivent continuer d’avancer.

Justin Trudeau n’a pas manqué non plus de rappeler que la tragédie de London n’est pas un évènement isolé. Que l’islamophobie fait des victimes d’un océan à l’autre. Il a bien sûr rappelé l’attentat au Centre culturel islamique de Québec en 2017, au cours duquel six fidèles musulmans, rassemblés pour la prière, ont été tués par Alexandre Bissonnette.

Le premier ministre a aussi fait mention du meurtre de Mohamed-Aslim Zafis, devant une mosquée de Toronto, en septembre 2020, et d’attaques violentes répétées contre des femmes musulmanes noires à Edmonton et à Calgary au cours des derniers mois. « Il ne faudrait pas que la liste se prolonge », a ajouté, avec raison, Justin Trudeau.

C’est vrai pour les attentats, les meurtres, mais aussi pour les insultes et autres crimes haineux qui sont en hausse depuis quelques années, mais dont la recrudescence semble particulièrement marquée depuis le début de la pandémie, selon plusieurs organismes qui répertorient ces méfaits. Et la haine raciste a plusieurs cibles : les musulmans, certes, mais aussi les communautés juives et les citoyens d’origine asiatique qui ont noté une explosion d’attaques de toutes sortes à leur endroit. C’est terriblement inquiétant dans un pays qui s’est construit dans la diversité.

* * *

Tous les ordres de gouvernement promettent d’en faire plus pour combattre le racisme. On ne peut pas s’attendre à des résultats immédiats, mais il ne faudrait pas que les discours de condoléances au lendemain d’un attentat comme celui de London ne soient que ça, des discours.

On attend notamment depuis 2019 le dépôt du projet de loi du ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, pour combattre les discours haineux sur les réseaux sociaux, au cœur même de la montée des mouvements d’extrême droite et suprémacistes blancs. Le moment semble tout indiqué pour le lancer dans l’arène politique afin qu’un débat vigoureux sur la question ait lieu et que l’herbe soit coupée sous le pied des propagateurs de haine. Au nom de tous les orphelins du terrorisme du pays.

La haine et l’orphelin

Rima Elkouri, La Presse

Publié le 9 juin 2021 à 5h00

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
« On aime bien croire et se faire croire que nous vivons dans un pays où la vie de chaque enfant, de chaque être humain compte, peu importe ses origines, sa religion ou la couleur de sa peau », écrit Rima Elkouri.

Il a 9 ans. Il est orphelin depuis cet acte de terreur islamophobe qui a fauché quatre membres de sa famille, à London, en Ontario.

Depuis lundi, le cœur brisé, je n’arrête pas de penser à cet enfant. À l’horreur dont il a été témoin et dont il est le seul survivant. À la haine qui a frappé trois générations de sa famille et l’a grièvement blessé. À son effroyable solitude sur ce lit d’hôpital d’un pays choisi par ses parents pour lui offrir une vie paisible, une vie où tous les rêves sont possibles. Pas une vie où une promenade du dimanche soir peut se transformer en bain de sang parce que vous êtes musulmans.

Au moment où j’écris ces lignes, alors qu’il est encore hospitalisé, on ne lui aurait rien dit encore. Il ne se sait pas orphelin. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il le devinera assez vite. Que voyant que ni sa mère ni son père ne sont à son chevet, voyant les yeux rougis de ceux qui l’entourent, il saura. Et qu’il sera impossible de trouver les mots pour lui expliquer son cauchemar.

Jusqu’à dimanche soir, tous les rêves semblaient pourtant possibles pour cette famille canado-pakistanaise qui travaillait très fort pour reconstruire sa vie.

La mère, Madiha Salman, 44 ans, était en voie d’obtenir son doctorat en génie civil. Le père, Salman Afzaal, 46 ans, était physiothérapeute. Leur grande fille, Yumna, 15 ans, était sur le point de finir sa troisième secondaire. La grand-mère de 74 ans aimait les accompagner dans leur promenade du soir.

Ils ne voulaient que marcher en paix. Et voilà qu’en quelques secondes, alors qu’ils attendaient à une intersection pour traverser, la haine, elle, n’a pas pu attendre. La marche familiale s’est transformée en marche funèbre.

Selon la police, les cinq passants ont été heurtés intentionnellement. Pas parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais parce qu’ils étaient musulmans.

Ce n’était donc pas un accident, mais bien un acte délibéré, motivé par la haine, selon les enquêteurs. L’auteur de l’attaque aurait décidé que ces gens qui ne faisaient que marcher ne méritaient pas de vivre.

Quatre ans après l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, ce nouvel acte de terreur antimusulman nous rappelle que l’islamophobie, à l’instar des variations sur la même haine, tue. Que l’extrémisme violent et le terrorisme, contrairement à ce que bien des gens croient, ne sont pas l’apanage des islamistes radicaux. Quand des islamophobes radicaux frappent et sèment la terreur, ce n’est pas moins grave.

En pensant à cet enfant survivant, je ne peux m’empêcher de penser aux questions troublantes que soulève la tragédie de London. Au syndrome du « deux poids, deux mesures » que l’on observe encore et toujours lorsque survient un tel attentat.

Si un enfant avait été laissé orphelin après un attentat djihadiste au camion-bélier ayant tué quatre membres de sa famille, la couverture médiatique aurait-elle été la même ? La même horreur aurait-elle suscité autant d’indifférence ?

Bien sûr que non.

Au-delà de nos illusions d’égalité, il y a encore des citoyens considérés comme « moins égaux » que d’autres. Des citoyens que des discours haineux banalisés déshumanisent et mettent en danger.

Parce qu’ils sont musulmans. Parce qu’ils sont juifs. Parce qu’ils sont noirs. Parce qu’ils sont autochtones. Parce qu’ils sont asiatiques…

On aime bien croire et se faire croire que nous vivons dans un pays où la vie de chaque enfant, de chaque être humain compte, peu importe ses origines, sa religion ou la couleur de sa peau. On aime bien croire qu’il n’y a pas de hiérarchie, pas de vies qui valent plus que d’autres.

On l’a dit dans la foulée de la mort de George Floyd. Black lives matter…

On l’a redit dans la foulée de la découverte des restes de 215 enfants autochtones dans une fosse commune à Kamloops. Chaque enfant compte…

On a aussi dit « plus jamais » après l’attentat de Québec.

Mais tant qu’on doit le dire, c’est que ça ne va pas de soi. Et tant que ça ne va pas de soi, il faudra le dire encore, et plus fort, et en haut lieu. Nommer le mal. Exiger qu’au-delà des émois éphémères, il soit pris au sérieux. Dénoncer ceux qui le cultivent, le banalisent, le normalisent. Leur bloquer la voie. Se rappeler que lorsqu’une communauté est attaquée, nous le sommes tous.

Il faudra le dire encore. Pour cet enfant et pour la suite du monde. À la mémoire de tous ceux qui ne voulaient que marcher en paix.

Le monde dans lequel on vit m’inquiète

Richard Martineau

Mercredi, 9 juin 2021 05:00 MISE À JOUR Mercredi, 9 juin 2021 05:00

https://www.journaldemontreal.com/2021/06/09/le-monde-dans-lequel-on-vit-minquiete

Si l’horrible drame qui s’est déroulé à London n’est pas un acte terroriste, je me demande bien ce que c’est…

En effet, selon le Larousse, le terrorisme est un « acte de violence commis par une organisation ou un individu pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système ».

Foncer à toute vitesse sur une famille pour la seule et unique raison que les membres de cette famille sont musulmans correspond parfaitement à cette définition.

C’est comme entrer dans une mosquée ou une synagogue et tirer dans le tas. Afin de semer la terreur dans une communauté. 

LE PARADIS, C’EST L’ENFER

Quand je regarde le monde dans lequel mes enfants vont grandir, j’angoisse. 

On a l’impression que le centre s’effondre et que les extrêmes se radicalisent. 

Ça ne suffit plus de débattre. Il faut maintenant combattre. 

Troquer la plume pour le sabre et la toge pour le gilet pare-balles. 

Quand ce ne sont pas des coucous armés jusqu’aux dents qui prennent d’assaut le Capitole chez nos voisins du Sud, ce sont des voyous en rupture de ban qui attaquent des policiers en France, des complotistes qui déclarent la guerre à des ennemis imaginaires, des fous de Dieu qui font couler le sang des impies ou des racistes qui menacent, frappent et tuent des Noirs, des juifs, des Asiatiques ou des musulmans. 

« La démocratie est un mauvais système, mais c’est le moins mauvais de tous les systèmes existants », disait Churchill.

Eh bien ! Il semble que pour un nombre de plus en plus grand d’individus, s’accommoder du « moins mauvais des systèmes » n’est plus suffisant. 

Il faut créer un système parfait, idéal. Pur.

Qui épouse parfaitement le contour de nos idées. 

Or, s’il y a une chose que l’Histoire du XXe siècle nous a démontrée, de Berlin à Moscou en passant par Pékin, Phnom Penh et Santiago, c’est que le plus court chemin vers l’enfer est le paradis.  

LA HAINE DE LA DIVERSITÉ

On se croirait dans les années 1930. 

À l’époque aussi, les gens en avaient marre des piétinements de la démocratie. 

On voulait des régimes durs, carrés, solides, qui marchent au pas. 

Qui règlent tous les problèmes d’un coup de baguette, pour ne pas dire d’un coup de mitraillette. 

Quel est le point commun de tous les extrémistes que j’ai cités plus haut ? 

Ils ne supportent pas que l’on conteste leurs idées.

Ils rêvent de faire taire tous leurs contradicteurs. Par la censure ou alors par les coups. 

Ils perçoivent la diversité (de races, de religions et d’opinions) comme une menace.  

Et, dans le cas des voyous qui, en France, s’en prennent aux policiers, aux pompiers et aux ambulanciers, bref, à tous les corps de métiers qui incarnent l’État, ils conchient l’autorité. 

Et rêvent de remplacer LA loi par LEUR loi. 

VIVE LE DÉSACCORD

C’est bien beau, enseigner aux jeunes à questionner l’autorité et à contester le « système ». 

Mais il faudrait aussi leur enseigner les vertus de la démocratie.

Leur apprendre que sous ses dehors mous, inertes et apathiques, la démocratie (un système qui encourage la discussion, les débats et les échanges — bref, le désaccord) est le meilleur garde-fou que nous ayons trouvé contre le despotisme.

Droit musulman et pandemie

Harith Al-Dabbagh, professeur agrégé, à la faculté de droit de l’Université de Montréal dans son article publié dans Lex-Electronica , 2020, 25-4, 99-103[1], explique que les restrictions imposées aux musulmans durant le Ramadan sont pleinement justifiables sur une base religieuse rigoureuse et non seulement comme obligation civique.

Le texte suivant est un extrait, présenté dans le cadre des activités de la Semaine de sensibilisation musulmane 2021, par Samaa Elibyari.

Restrictions de la COVID-19 et Droit musulman

Pour la deuxième année consécutive, les musulmans du Québec passent le mois du Ramadan, en temps de pandémie avec à toute fin pratique, les mosquées fermées et tout rassemblement restreint. L’intensité de ces restrictions est doublement ressentie car à part le jeûne et la spiritualité, le Ramadan est aussi un moment de sociabilité, de convivialité et de festivités.

De tout temps, l’humain a dû affronter l’adversité, fléaux sanitaires, guerres et catastrophes naturelles.  Alors, que dit exactement le droit musulman dans de telles situations, en l’occurrence le coronavirus ? Ici on remarque que la rigueur habituelle cède la place à une surprenante souplesse en temps de crise. Le droit musulman regorge d’exemples de prise en compte des événements imprévus de la vie.

En dépit de son caractère éminemment casuistique, il existe dans le corpus juris ancien (fiqh) un certain nombre de « règles globales » (kawaïd kulliyah) qui reflètent les fondements sous-jacents à la loi islamique. Pour faire fléchir la règle de droit, on invoquera d’autant plus aisément des considérations de nécessité (darura) ou d’utilité publique (maslaha) et même l’usage courant (urf) ou la convenance (istihsân).

Le medjellé, codification du droit musulman selon l’école hanafite faite sous l’Empire Ottoman en 1877, referme dans sa section préliminaire quatre-vingt-dix-neuf (99) de ces règles, qualifiées de « Principes fondamentaux du Droit sacré ». Contentons-nous d’en esquisser quelques-unes, ayant particulièrement trait aux assouplissements requis en ces temps mouvementés.

La première règle, celle de l’article 17, semble irradier sur tout le reste : « La difficulté provoque la facilité. En d’autres termes, la nécessité de remédier à une situation embarrassée est un motif légitime pour prendre, dans ce but, des mesures propres à résoudre les difficultés et pour se montrer tolérant […].».

La notion très souple de darura (nécessité) dont les jurisconsultes musulmans ont abondamment usé en toute matière permet de justifier de larges entorses au statut légal sans enfreindre pour autant les principes fondamentaux ni en déformer l’esprit. Le medjellé l’érige en principe dérogatoire à l’article 21 selon lequel « la nécessité rend licite ce qui est prohibé », ou « la nécessité fait loi », comme nous disons aujourd’hui.

En outre, en ces temps de pandémie, le principe de proportionnalité et l’exigence de mise en balance des différents droits en conflit sont de mise. Deux textes du medjellé (art. 26 et 27) permettent de raisonner en ce sens : « On doit préférer le dommage privé au dommage public » ; « On peut réparer un dommage considérable par un dommage moins important ».

Certes, le confinement et la mise en veilleuse de la vie sociale et économique engendrent un dommage important, mais ce dommage devrait être supporté pour prévenir un dommage encore plus grave, celui portant sur la vie, la santé et l’intégrité physique des personnes.

Par ailleurs, « Le pouvoir de toute autorité est fondé sur l’utilité générale », nous enseigne l’article 58 du medjellé. Si une telle disposition est de nature à légitimer les mesures de contrainte prises par les pouvoirs publics pour remédier à la crise, la crainte est grande que celles-ci puissent être utilisées pour brimer de manière permanente les droits et libertés.

Ici encore les règles globales de la Charia semblent pouvoir être invoquées pour imposer des balises et prévenir l’abus : « Ce que la loi permet en raison d’un motif déterminé, cesse d’être permis une fois que ce motif a disparu » (art. 23) ; et « Lorsque l’obstacle qui s’oppose à l’exercice d’un droit disparaît, celui-ci reprend sa vigueur » (art. 24). Le confinement doit dès lors être levé dès que la pandémie est endiguée : « le dommage doit être écarté autant qu’il est possible » et « la nécessité doit s’apprécier à sa juste valeur » préconisent respectivement les l’articles 31 et 22 du medjellé.

En définitive, les mesures gouvernementales pour limiter la propagation de la pandémie sont en harmonie avec la souplesse inhérente à ces règles globales de la Charia, ce qui permet aux croyants musulmans de suivre les directives sanitaires sans craindre de porter atteinte à leurs pratiques religieuses, que ce soit durant ou en dehors du Ramadan.

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[1] Shauna Van Praagh, David Sandomierski (dir.), Collage sur le droit et le savoir en temps de pandémie, disponible en ligne : https://www.lex-electronica.org/articles/volume-25-2020/volume-25-2020-volume-25-2020-volume-25-2020-vol25-num4/coronavirus-et-droit-musulman/

Must read! Has been many years in the making. Here it is!

https://rabble.ca/books/reviews/2021/07/what-canadians-can-learn-early-muslim-immigrant-experience

How did Ibn Jubayr do Hajj in 1183 CE?

According to later chroniclers, if they can be believed, the adventure of Ibn Jubayr, one of the most illustrious rahhala, or travelers, from Al-Andalus to destinations throughout the Mediterranean and farther east, began in the year 1183 with a repugnant challenge.

https://www.islamicity.org/55884/how-did-ibn-jubayr-do-hajj-in-1183-ce

Al-Sabawi and Sallam: ‘We’ll tell the world Islamophobia is real, and it killed you’

The last few days have been unbearable for us.Author of the article: Maryam Al-Sabawi and Huda Sallam, Special to The Free Press Publishing date:Jun 11, 2021  
https://lfpress.com/opinion/columnists/el-sabawi-and-sallam-well-tell-the-world-islamophobia-is-real-and-it-killed-you

Huda Sallam, left, and Maryam Al-Sabawi were friends and classmates of Yumnah Afzaal.

Dearest Yumnah,

The last few days have been unbearable for us. We can’t make sense of it. We don’t understand why anyone would kill you and your loving family. We feel like this is a nightmare that we can’t wake up from.

But it’s real. It’s real that you’re not coming back to school. It’s real that the world will never see your smile again. It’s real that we can’t stay up all night talking anymore. It’s real that you’re dead because you were a Muslim. It’s real that you are dead because you were you.

We drove by the place where you were killed today and we imagined you lying alone in your last moments in this world. The thought of your pain and fear has haunted us at night. What ifs have been racing through our minds. What if he knew how special you were? What if he knew you were such a gentle and loving friend? What if he knew how much you loved dolphins and the colour purple? What if he knew that you were a talented artist? What if he knew how much potential you had? What if he knew your brother needed you? What if he chose love and not hate?

Remember when we would rush back from lunch every day and you would always lecture us on the importance of crossing the road safely? Remember when we ran for Grade 9 student council together? Remember when your brother used to force us to play with him?

Remember how excited we were about our future? Remember when we would laugh so hard we couldn’t breathe? Remember when we planned to start an art business, and you wanted to donate the profits to charity? Remember when we spilled all our secrets on Halloween?

Remember when you wanted to put on the hijab, but you were afraid something was going to happen to you? Remember when we were afraid, too?

Remember after the Quebec massacre they promised us it wouldn’t happen again? They told us we shouldn’t be afraid. They told us that we were safe. They told us things would change, but they didn’t.

We are sorry we couldn’t save you. We are sorry that our world failed you. So our promise to you, Yumnah, is that we will dry our eyes and raise our voices until everyone hears us. We will tell the world Islamophobia is real, and it killed you. We will tell them that we will wear our hijabs with pride. We will show them our hijab represents strength, love, and resistance. Most importantly, it represents our beautiful faith. We will tell them hate will not silence us and we will not live in fear. We will tell them we will hold our governments accountable. We will tell Prime Minister Justin Trudeau his words are not enough. We will tell him your life mattered, especially to us. Say her name: Yumnah Afzaal.

Alexandria Ocasio-Cortez, a woman who inspired you, Yumnah, said change takes courage. We hope that all Canadians and people of the world will have the courage to choose love and not hate.

With love,

Maryam & Huda

Maryam Al-Sabawi and Huda Sallam were friends and classmates of Yumnah Afzaal.

When it comes to Islamophobia, doublespeak seems to be the order of the day

YASER HADDARA JUNE 14, 2021 

https://www.stcatharinesstandard.ca/opinion/contributors/2021/06/14/when-it-comes-to-islamophobia-doublespeak-seems-to-be-the-order-of-the-day.html

Yaser Haddara is a Muslim community leader and activist who resides in Hamilton.

Four years ago, a young man walked into a mosque in Quebec City and killed six people. I remember being glued to my television screen watching the coverage.

Then, as now, the messages of support poured out from every leader and every politician at every level. There was no shortage of people decrying the violence and the hate and vowing to fight it. As shocked, sad, and angry as I felt, I was moved and I felt hopeful.

Today, as I watch the outpouring of love and support for the London Muslim community and Muslims around the country, I can’t overcome this sense of déjà vu.

Bill 21 is unconstitutional. The government that passed it knew that and, pre-emptively, used the notwithstanding clause. The message to Muslims: not even the Constitution can protect you. Yet many of the politicians decrying Islamophobia today have either supported this bill or opted not to oppose it. I have heard no acknowledgment from these politicians that their stances may have contributed to the rising hate. I have heard no promise of change.

Ninety-one members of Parliament voted against a non-binding motion to condemn Islamophobia (M103). Some of them have now stepped up to microphones and social media platforms to inform us that “Islamophobia is real.” But I have heard no expressions of remorse and no promise of change.

report released last week paints a distressing picture of how the CRA has unfairly targeted Muslim charities over the last decade. The CRA claims it does not target charities based on faith. The numbers tell a different story. Decisions by the CRA’s Charities Directorate are almost impossible to appeal and are subject to very little oversight. Just the conditions for prejudice to thrive. Yet the most recent federal budget gives the CRA more power instead of creating more oversight.

Over the last few weeks Canadians have read news reports of the unjustified detention and abuse of a pro-democracy activist from Egypt who came to Canada seeking asylum. Everything about the case points to prejudice. He, and thousands of others, are the victims of brutal regimes that abhor democracy. But he is a Muslim who believes that Islam promotes democracy and freedom. So he becomes suspect rather than victim. The news reports and analyses of his case and many others tell us that there is very little oversight over the decisions of individual CBSA officers, even when they act out of prejudice. The leaders telling us there is no place for Islamophobia in Canada are silent. I have heard no promise of change.

I contrast this with a social media post from Jeff Bennett, a former PC candidate for provincial Parliament in London West.

“I’m partially to blame. I’ve come face to face with anti-Muslim attitudes in London, Ont., and said ‘Thank you for your support.’ I’m so very sorry. I promise to do better.”

This is as courageous as it is rare. So many leaders have declared that the hate must stop. But how many are willing to take the needed hard look in the mirror and say with Bennett, “I promise to do better?”

Hate is not the weed that comes through the pavement: it does not grow spontaneously. It must be sown, watered, and nourished. And for the past 20 years, in Canada, it has been. Not by the fringe. But by leaders who thought they could capitalize on it and decided that it was worth it.

But if hate must be deliberately planted, it is not easily controlled. We can learn from our neighbours to the south. Trump started his term in the White House with the Muslim ban, but didn’t end his term before bringing the hate and violence to Capitol Hill.

Our leaders must take the needed hard look in the mirror. They must take responsibility for their own actions and those of their political parties and supporters. They must commit to do better and they absolutely must do better. Hate thrives in the dark. We fight it with transparency, accountability, and equality before the law. No more special laws, no more secret audits, no more double standards. Anything less, and I fear we’ll soon stand again in yet another Canadian city to mourn more Canadians lost.

The attack in London did not occur in a vacuum. It is a reflection of my city – and of Canada

LEENAT JILANI
CONTRIBUTED TO THE GLOBE AND MAIL
PUBLISHED JUNE 10, 2021

https://www.theglobeandmail.com/opinion/article-the-attack-in-london-did-not-occur-in-a-vacuum-it-is-a-reflection-of

Leenat Jilani is a lawyer, Londoner, visible Muslim woman and human-rights advocate.

They were killed within walking distance of where I live. A Muslim family, out for an evening stroll.

I walk the same path they took, pray at the mosque where they prayed and even attended the same high school as the daughter. These faces I have seen as I grew up in this community – gone.

Heartbroken? Yes. Shocked? No.

London is my home. But hate, racism and Islamophobia have a deep history here. The Ku Klux Klan established a presence in London in 1872, sowing their hate within the fabric of our city. Fast forward to 2017, when an anti-Islam protest was initiated in this city by the Patriots of Canada Against the Islamization of the West (PEGIDA); roughly 40 members and supporters attended. London has been and still is a hot spot for right-wing extremism, Islamophobia and white supremacist activity.

Growing up in northwest London, my family was one of the few visible Muslims in our neighbourhood. Our home and car were targeted and vandalized monthly. Each time we would just wash off the yolk and clear away the shells, but the stench and fear remained. My parents were always putting on a brave face for their children, playing it down by telling us that it must just be some mischievous kids on the block. After reporting this to the police a few times we gave up, as nothing came of it. But I knew it worried them. They never wanted me to travel alone, especially at night. We had conversations about how the way I looked made me a target, how I needed to be more careful than other kids.

Years before Yumna Afzaal walked the halls of Oakridge Secondary School, my friends and I faced severe opposition from parents – and even some staff – who didn’t want us to create a safe space for Muslim students to practise their faith. This is my London, my Canada.

If we deny that we have a problem, then we will never address the root cause. This is not a lone attack or an incident that occurred in a vacuum. It is a reflection of our city and our country as a whole. Nor are Islamophobia, Indigenous rights, anti-Black racism and antisemitism separate problems. They are all a part of structures created from a colonial past. One that has benefitted from divide-and-conquer policies and depended on “othering” those who are different.

If Canada calls itself a mosaic, then that mosaic is under attack by those who want to destroy it with our blood.

Yet, there is always hope. Thousands attended the vigil at the London Muslim Mosque on Tuesday. People from all walks of life came out to show solidarity to the Muslim community – strangers assuring us, “we are with you, you are loved.”

Just as it took the support of one teacher to stand up as an ally and support the Muslim students at Oakridge Secondary School when I attended all those years ago, what this community needs right now is you. Every Londoner, every Canadian, needs to be an ally. Stand up against the overt aggression but also, perhaps more importantly, against the microaggressions and other forms of racism you have ignored for far too long in your daily lives. Do you speak or act differently when the person looks different than you? Do you politely ignore the racist, Islamophobic, antisemitic, anti-Asian or anti-Indigenous comments you hear from your colleagues, your extended family, your political party? Letting those seemingly big and little things go has brought us here, to this.

I have to commend Jeff Bennett, a former Progressive Conservative Party candidate for London West, for calling it out as it is. “We must take stock of the part we play,” he wrote in a widely shared Facebook post. “No more saying, ‘Oh grandpa is not really racist. He was just raised differently.’ Well that ‘differently’ is not okay. Canada has a racist, unacceptable history. It’s time we call it out, own it and take action.”

Every Indigenous issue is our issue. Every anti-Asian hate crime, every Islamophobic attack, should be seen as a crime against all of us. Every Black life lost senselessly is interconnected. Our colonial past is still affecting us in our everyday lives, making it easier for some to live, while others continue to suffer.

I hope my neighbours in London choose to stand up in solidarity and take action. I hope you all do.

‘Are you scared mama?’: Years of anti-Muslim hate chip away at you. The killing of the Afzaal family in London broke me

NOOR JAVED JUNE 09, 2021

https://www.thestar.com/opinion/2021/06/09/are-you-scared-mama-years-of-anti-muslim-hate-chip-away-at-you-the-killing-of-the-afzaal-family-in-london-broke-me.html

In the early morning hours, the day after the most recent terror attack in Ontario, I couldn’t sleep.

It was still dark when I got out of bed and did the only thing that would comfort my heart: I prayed for the Afzaal family — Salman Afzaal, Madiha Salman, 15 year-old Yumna, her grandmother, Talat, and nine-year-old survivor Fayez. The family were intentionally run down by a truck in their hometown of London, Ont., on Sunday as they took an evening stroll in their neighbourhood.

They were the victims of what police are calling an anti-Muslim hate attack.

I cannot help thinking about my own experiences with Islamophobia as a visible Muslim journalist in the so-called “most diverse city in the world.”

Nothing I experienced compares to the trauma faced by the family and friends of the Afzaal family — including Fayez, who will live with this horrific incident and the loss of his family forever. Or the family of Mohamed-Aslim Zafis, who was murdered last year by a neo-Nazi in Etobicoke as he sat outside the International Muslim Organization mosque. Or the children who buried their fathers in Quebec City after the mosque shooting in 2017 — and the many survivors who are still struggling to cope in its aftermath.

But the many incidents of Islamophobia, or anti-Muslim hate as I prefer to name it, that I have faced have weighed down on me over the years. They have affected the career choices I have made. They have impacted my mental health. They have deeply hurt me — and still do.

When I tried to list all the incidents of hate that I have experienced since I became a journalist — both in my job and on a day-to-day basis — I hit 30 before I stopped. I could have gone on.

There is an unspoken code that journalists of colour quickly learn when they start in the profession: if you want to survive in this industry, you must have thick skin.

When I got my first barrage of hate mail as an intern at the Star 15 years ago, and turned to a colleague for support, he looked at my hijab and said: if you want to survive, you will need to have Teflon-like skin. Let the hate bounce off you. Don’t let it stick.

But the truth is, even when you tell yourself it doesn’t impact you, it still does.

Every email in your inbox with someone telling you they hate you because of your hijab.

Every letter calling you a “dirty raghead.”

Every tweet telling you to go back to where you came from.

Every person who walks by and whispers “You’re disgusting.”

Every time someone doubts your news judgment because you are a “lying Muslim.”

Every time someone asks if you were a token hire.

Every time you go to the public editor, nearly in tears, when the hate gets too much to bear.

Every time you realize that your colleagues enjoy the luxury of white privilege, their names and skin colour affording them a protection that you have never had — and never will.

I will stop there.

You look for ways to cope. But the hate slowly chips away at you and at the idea that we have been so conditioned to believe: How can this be happening here in Canada, the most accepting country in the world?

Let me tell you: It’s been happening for years. The hate is not new. And neither is the violence.

But the haters have gotten more brazen. More hateful. More organized. More dangerous.

So when the Afzaal family was killed for just being Muslim this week, it broke me.

Years of online hate, of politicians benefiting from anti-Muslim policies, of pundits spewing anti-Muslim rhetoric, of trolls questioning if our pain was even real, has done exactly what it was meant to. It turned people against us. It has led them to hate us so much that they want us dead.

This week, I had a conversation that I never imagined I would have with my children, ages seven and 10. I had feared telling them about the incident, but they saw the cover of the newspaper and asked me what happened in London on Sunday night.

I sat them down, and told them about a beautiful family, who looked very much like our own, who went for a walk, but didn’t make it home.

They looked at my tears, and my hijab, and shared their thoughts: “That’s so scary.” “I don’t ever want to cross a street again.”

And then came the hard questions:

“Who will take care of the little boy?”

“Why would that man do that to them? Could it happen to us?”

“Are you scared, mama?”

I’m not scared, little ones. I’m tired.

Muslim Law and the Pandemic

For the second year in a row, Muslims in Quebec are spending the month of Ramadan, mired in a pandemic with, for all practical purposes, closed mosques and severely curtailed gatherings. The intensity of these restrictions is doubly felt because apart from fasting and spirituality, Ramadan is also a time of sociability, conviviality and festivities.

From  time immemorial, humans had to face adversity; health scourges, wars and natural disasters. So, what exactly does Muslim law say in such situations, in this case the coronavirus? Here we notice that the usual rigor gives way to a surprising flexibility in times of crises. Muslim law is full of examples of taking into account unforeseen events in life.

Despite its eminently casuistic character, there are in the ancient corpus juris (fiqh) a number of “global rules” (kawaïd kulliyah) which reflect the underlying foundations of Islamic law. To adapt the law, one could legitimately invoke considerations of necessity (darura) or public utility (maslaha) and even common use (urf) or convenience (istihsân).

The Majjalah, codification of Muslim law according to the Hanafi School made under the Ottoman Empire in 1877, presents in its preliminary section ninety-nine (99) of these rules, qualified as “Fundamental Principles of Sacred Law”. Let us content ourselves with sketching out a few, particularly relating to the flexibilities required in these turbulent times.

The first rule, that of Article 17, seems to encompass everything else: “Difficulty breeds ease. In other words, the need to remedy an embarrassing  situation is a legitimate reason to take, for this purpose, measures to resolve the difficulties and to be tolerant […]. “. Article 18 provides in the same direction that “Latitude should be afforded in the case of difficulty, that is to say, upon the appearance of hardship in any particular matter, latitude and indulgence must be shown”.

The very flexible notion of darura (necessity) which Muslim jurisconsults have used extensively in all matters makes it possible to justify wide deviations from the legal status without violating fundamental principles or distorting their spirit. The Majjalah establishes it as a principle derogating from Article 21 according to which “necessity makes lawful what is prohibited”, or “necessity makes law”, as we say today.

In addition, in these times of pandemic, the principle of proportionality and the requirement to balance the various conflicting rights are in order. Two texts of the Majjalah (art. 26 and 27) allow us to reason in this direction: “We must prefer private damage to public damage”; “You can repair a considerable damage by a less important damage”.

Certainly, the confinement and the curtailing of social and economic life cause significant damage, but this damage should be borne to prevent even more serious damage, that affecting the life, health and physical integrity of people.

Moreover, “The power of any authority is based on general utility”, teaches us article 58 of the Code. While such a provision is likely to legitimize the coercive measures taken by the public authorities to remedy the crisis, there is a great fear that they could be used to permanently infringe rights and freedoms.

Here again the global Shariah rules could be invoked to impose guidelines and prevent abuse: “What the law allows because of a specific reason, ceases to be allowed once that reason has disappeared” ( art. 23); and “When the obstacle to the exercise of a right disappears, it resumes its force” (art. 24). Restrictions must therefore be lifted as soon as the pandemic is contained: “the damage must be avoided as much as possible” and “the need must be assessed at its fair value” respectively recommend Articles 31 and 22 of the Majjalah.

Ultimately, government measures to limit the spread of the pandemic are consistent with the flexibility inherent in these comprehensive Shariah rules, which allows believing Muslims to follow health guidelines without fear of strawing from their religious practices, whether during or outside of Ramadan.

In his article published in Lex-Electronica, 2020, 25-4, 99-103*, Harith Al-Dabbagh, associate professor, at the Faculty of Law of the University of Montreal explains that the restrictions imposed on Muslims during Ramadan are fully justifiable on a rigorous religious basis and not only as a civic obligation.

[1]*Shauna Van Praagh, David Sandomierski (dir.), Collage sur le droit et le savoir en temps de pandémie, disponible en ligne : https://www.lex-electronica.org/articles/volume-25-2020/volume-25-2020-volume-25-2020-volume-25-2020-vol25-num4/coronavirus-et-droit-musulman/

The text above is an excerpt, translated and presented as part of Muslim Awareness Week 2021 activities, by Samaa Elibyari.

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